le 2009-10-29 13:58:36 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer
le 2009-10-29 13:56:28 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer
La Divine Tragédie
![]() |
|---|
L'Enfer
Chronique licensieuse à lire sous ls surveillance de ton ange-gardien.
|
Chant I |
Proloque général de la Comédie Humaine. (La rencontre avec Baudelaire.) |
RETOUR À LA PORTE D'ENTRÉE DE LA COMÉDIE HUMAINE
le 2007-08-10 09:03:16 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer
Chant XXVII de l'Enfer
|
|---|
Les semeurs de discorde.
A mari usque ad mare.
Già era dritta in sù la fiamma e queta per non dir più, e già da noi sen gia con la licenza del dolce poeta, quand'un'altra, che dietro a lei venia, ne fece volger li occhi a la sua cima per un confuso suon che fuor n'uscia. Come 'l bue cicilian che mugghiò prima col pianto di colui, e ciò fu dritto, che l'avea temperato con sua lima, mugghiava con la voce de l'afflitto, sì che, con tutto che fosse di rame, pur el pareva dal dolor trafitto;
Alors, je vis d'autres flammes qui tournaient tout autour de nous, et je dirigeai mes regards vers l'une d'elles qui s'écartait et qui semblait vouloir nous parler; mais, à cause du son confus qui en sortait, ses paroles plaintives paraissaient user du langage des flammes. Et nous comprîmes alors ce qu'elle voulait dire: "Ô toi, à qui ma voix s'adresse, et qui à l'instant parlait à une autre, en usant de ma langue et qui lui disait: "A présent vas-t'en, je ne veux plus te parler." Bien que je sois peut-être arrivé un peu tard, je t'en prie de t'arrêter et de me parler, cela me plairait et je brûle de t'entendre! Si tu es tombé récemment dans ce monde de ténèbres, venant de cette rude terre nordique d'où j'ai apporté toute ma faute, dis-moi si mes concitoyens sont en paix ou en guerre, car je fus de la plaine qui longe le grand fleuve et j'ai cru, comme plusieurs, les guider jusqu'à la liberté, alors que c'est la pauvreté et la servitude qui furent au rendez-vous." J'étais encore attentif et incliné vers le bas, quand mon guide me toucha de côté en me disant: "Parle, toi, celui-ci est du pays qui fut et d'où tu es né." Et je lui dis: "Ô, âme qui es cachée là-dessous! Ta Patrie n'est pas et ne fut jamais sans guerre dans le coeur de ses pasteurs, mais quand je l'ai laissée, elle était en paix parce qu'elle n'avait plus les moyens de ses guerres. Là où furent ma Patrie et la tienne, il ne reste que peau de chagrin car, les faux prophètes tels que toi qui la guidèrent, ont cru à tort qu'il suffisait pour faire fuir l'ennemi, de vociférer au lieu de l'armer. L'arme de la liberté des peuples, si tu ne le sais, commence par la liberté des individus: si on asservit le citoyen en le surtaxant, en le poliçant, en réglementant chacun de ses actes, en uniformisant son comportement, on lui insuffle le désir de combattre ou de fuir le pays, on détruit ainsi dans l'âme du citoyen, la raison d'être de la liberté." Il m'interrompit alors et me demanda: "Que reste-t-il du pays qui m'a vu naître, et qu'en est-il des terres fertiles que mon père labourait en aval du Richelieu et, qu'est devenue la grande Métropole où j'ai vécu, la Capitale où je fus dévoué Serviteur de l'État; que sont devenus ces lieux que j'ai chéris, avant qu'un citoyen en colère m'assaille et m'assassine, parce que je fus un Bureaucrate arrogant et peu empressé à lui verser son allocation de dépendance sociale alors que je ne faisais que suivre les directives de l'État?" Et je m'empressai de le satisfaire: "Il ne reste plus, hélas, du pays, qu'un mince filet de terres le long du grand fleuve. Là sont parqués, dans des réserves, ceux qui restent, et ils tentent de refaire, en sens inverse, le chemin pénible des colons de la Nouvelle-France. Mais sache qu'ils sont plus dociles et plus faciles à gérer de sorte que leurs pasteurs dans la capitale peuvent maintenant dormir en paix. Les terres arides du Grand Nord sont gouvernées par les gens du Grand Froid, ceux qui étaient là avant tes ancêtres et qui se satisfont d'être les esclaves d'un autre maître. Tes fils et tes filles sont bannis des terres brûlées du grand Labrador et de ses eaux qui coulent à nouveau librement sur ses grandes rivières: la Moisie, la Romaine, la Natasshquan, la Mécatina. Toutes les frontières du pays de Gog appartiennent désormais à ceux qui ne cessèrent d'être loyaux à leur Reine. Et les terres qui longent l'Outaouais restent toujours aussi vierges qu'elles l'étaient, toi qui n'as pas daigné les conquérir du temps où elles t'appartenaient; mais cela est bien ainsi, car ne mérite-t-on du territoire que ce qu'on y habite et fait fructifier! Et la grande et belle presqu'île, celle où Jacques Cartier plantât sa croix, appartient désormais aux Malécites et aux Micmacs ainsi que toutes les eaux qui la bordent." J'allais me taire mais il insistait et il voulait en savoir toujours plus: "Et qu'en est-il de la grande cité où j'ai dévoyé ma jeunesse et qui s'étend là où le fleuve se sépare et perd sa souveraineté?" "Elle n'a pas changé sinon que le mur invisible qui la divisait en deux est devenu une frontière physique qu'il est interdit à quiconque de franchir. C'est un mur construit d'immenses blocs de béton qui furent importés de Berlin: un mur étanche, opaque et infranchissable qui divise la ville du Nord jusques au grand fleuve, les Rhodésiens des nègres blancs, elle serpente ainsi entre les deux solitudes de l'âme. Chacun peut à son aise, de part et d'autre de cette frontière infranchissable, exprimer ses rancoeurs et ses haines, en peignant sur ses flancs, des graffitis aux couleurs et aux formes indéchiffrables, de sorte qu'elle demeure la seule expression qui survit des arts antiques. Il n'y a rien là qui soit différent du passé sinon que, ce qui était divisé dans l'esprit, l'est maintenant dans le corps autant que l'esprit." "Mais dis-moi aussi, qu'est devenue ma Capitale enfermée dans ses murailles grises et que j'aimais tant?" Pour combler son attente, je lui répondis ainsi: "Elle est comme avant sauf qu'elle n'a plus autant de voix qu'avant. Autrefois, je l'aimais non par ses chants mais pour ce qu'elle était aussi belle qu'une jeune fille au printemps à qui vous dites en l'aimant: "Sois belle et tais-toi!" Elle n'a plus l'arrogance qu'elle avait. Car elle n'a plus de ressources à gérer sinon la sueur de ceux qu'elle a pu récupérer du peuple ancien; mais elle a conservé son ministre des Finances qui lui, semble encore bien-portant et d'une vivacité qui paraît à tous, éternelle. Et ce sont toujours les fonctionnaires qui ont le Pouvoir et ils sont légions, comme avant, à soumettre le peuple aux diktats de l'État. Sur ses murailles et dans les douves de sa Citadelle, et parfois même, sur ses plaines dont on a changé le nom d'Abraham pour celui de Wolfe, l'on voit les costumes rouges des sentinelles, qui veillent à ce que les rois d'opérette ne troublent plus la tranquille homogénéité de la grande démoncratie, qui étend sa turpitude a mari usque ad mare." Quand j'eus ainsi fini de parler, la flamme s'éloigna en gémissant, en se frappant la poitrine, en se confessant d'avoir été dupe des beaux discours, et d'avoir été au service des semeurs de discorde, tordant et agitant sa queue pointue. Nous passâmes outre, mon guide et moi, sur le pont, jusqu'au sommet de l'autre arche, qui recouvre le fossé où payent leur dette, ceux qui, en semant la discorde et en trompant les gens par des discours ambigus, chargent leur conscience jusqu'à ce qu'elle éclate comme un pet.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: indian head de Arthur Donato Sulit, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.
le 2007-08-03 08:53:13 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer
Chant XXIII de l'Enfer
|
|---|
L'Enfer des sangsues.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la Providence que l'Etat.
Taciti, soli, sanza compagnia n'andavam l'un dinanzi e l'altro dopo, come frati minor vanno per via. Vòlt'era in su la favola d'Isopo lo mio pensier per la presente rissa, dov'el parlò de la rana e del topo; ché più non si pareggia 'mo' e 'issa' che l'un con l'altro fa, se ben s'accoppia principio e fine con la mente fissa. E come l'un pensier de l'altro scoppia, così nacque di quello un altro poi, che la prima paura mi fé doppia.
Silencieux, seuls et sans escorte, nous allions, l'un devant, l'autre derrière, comme les Frères Mineurs s'en vont par les chemins. Je me disais: "Ces diables ont été bernés par nous de sorte que je suis sûr qu'ils en sont irrités. Et qu'ils courront après nous, plus cruels que ne l'est le chien au lièvre, qu'il saisit des dents." Je sentais déjà mes poils se hérisser de peur. Je restais attentif en arrière et je dis alors à mon maître: "Si tu ne nous caches promptement, toi et moi, Maître, j'ai bien peur des Mal-griffe; nous les avons déjà sur nos pas, je les imagine si près que je les entends déjà." Il me répondit: "Tes pensées coïncidaient à l'instant même avec les miennes, que des unes et des autres, je n'avais en tête que le seul désir de fuir. Si la pente de la digue de droite est telle que nous puissions descendre dans la fosse suivante, nous éviterons la chasse que tu imagines avec tant d'angoisse." À ce moment, je les vis arriver les ailes déployées, pas bien loin, pour essayer de nous saisir. Mon guide aussitôt me prit dans ses bras, comme une mère le fait de son fils, et il se laissa glisser sur le dos par les rochers en pente, qui ferment l'un des côtés de l'autre fosse. Dès que ses pieds eurent touché le lit de ce bas-fond, qu'ils furent au-dessus de nous sur la crête; mais il n'y avait plus rien à craindre, car la sublime Providence, qui voulut en faire les fonctionnaires de la cinquième fosse, leur ôte à tous le pouvoir d'en sortir. Là, nous trouvâmes en bas, des gens plaintifs qui faisaient le tour au pas ralenti, pleurant, l'air abattu, inconscients et dépouillés de leur libre arbitre. Ils portaient des bandeaux devant les yeux. Ils marchaient, l'un sur une béquille, l'autre ligoté, les uns dans des carcans, les autres armés de prothèses; ces jougs étaient de plomb de sorte qu'en plus de limiter leurs gestes, ils ralentissaient leurs mouvements. Ô, quel manteau accablant pour l'éternité! Nous tournâmes nous aussi vers la gauche, avec eux, attentifs à leurs douloureuses plaintes; mais sous leurs charges, ces gens épuisés, les faisaient marcher si lentement, qu'à chaque pas, nous avions de nouveaux compagnons. Je dis alors à mon guide: "Tâche d'en trouver un qui saura nous dire ce qu'il est, et ce pourquoi il est ainsi lié pour l'éternité." Et l'un des damnés, qui reconnut mon accent du pays, cria de ralentir nos pas et, il me dit: "Toi, qui au mouvement de ta bouche, me paraît vivant, si tu es mort, par quel privilège marches-tu sans porter de béquilles?" Et il ajouta sans attendre ma réponse: "D'où que tu sois, qui es venu à l'enfer des sangsues, ne dédaignes pas de nous dire qui tu es, mais sache que sur terre, nous avons troqué notre liberté contre la dépendance de notre Mère l'État, qui s'est prise pour la Providence, et que celle-ci nous a soutenu jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la providence que l'État. Nous sommes ici, démunis et oubliés de l'autre Providence, la vraie, et la seule qui règne dans les cieux." À mes yeux m'apparut soudain un damné, par trois pieux, il était crucifié au sol. Quand il me vit, il tordit tous ses membres, soufflant dans sa barbe noire en soupirant; il me dit: "Celui que tu regardes ainsi est l'Ayatollah Khomeiny qui suggéra aux peuples d'Islam qu'il fallait livrer Salman Rushdi au supplice. Je suis comme tu le vois, accompagné de ceux qui formèrent avec moi, conseil pour rendre la Fatta. Nous sommes placés nus ainsi en travers du chemin, et le peuple, qui nous a tant écoutés, nous écoute encore, et nous fait sentir tout son poids sur nos corps." Et je vis très bien, comme si c'était un rêve, un homme attaché à un pilori au pied de la colonne Nelson, que des bourreaux s'apprêtaient à exécuter; et la foule hystérique formée d'ayatollahs, de talibans, d'évangélistes américains et d'autres esprits tordus de ma race que je reconnus, ils criaient, faisaient la vague et se muaient en un seul bourreau, comme si ce n'était qu'une masse informe, excitée par des vedettes, des professionnels de la publicité et une musique sortie d'un orgue aux sons tonitruants; elle attendait, du sang versé d'un intellectuel ou d'un artiste, l'expiation de ses propres fautes, et qui la verrait pardonnée jusqu'à la prochaine peur collective. Puis je vis douze citoyens dignes et élégants, tels des prêtres, lire un message à l'intention du supplicié dont je n'ai pu entendre de quoi il s'agissait, puis la foule s'excita et scanda d'une seule voix: "A mort, celui qui pense!" Je me suis réveillé au moment où la hache allait s'abattre sur mon cou, et précipiter mon crâne jusqu'en bas de la Place Jacques-Cartier, d'où elle allait rouler et s'immerger dans les eaux visqueuses du Vieux Port. "Je veux te chanter, Jeanne, ô ma Reine, viens à mon aide et protège-moi. Fais-moi passer victorieusement à travers ces supplices, les calomnies insidieuses et les mensonges de langues méchantes. Délivre-moi des fauves rugissants prêts à me dévorer, de la main des bourreaux qui s'acharnent contre mon corps, de toutes les tortures qu'ils multiplient contre moi. Fais que je ne ressente point les brûlures des flammes qui m'environnent, et retire-moi de cet enfer où m'ont plongé les médisances grossières, les dénonciations aux autorités, les diffamations calomnieuses. Jusqu'au dernier soupir, mon âme a loué ton Nom, et je t'en prie, tire du danger celui qui t'aime, et délivre-le de la main de ces païens, Jeanne ma Reine."(1) Mon maître s'émut de mon trouble un instant, puis il demanda à l'un des suppliciés: "Dis-moi, frère, si c'est par le pont qui part du grand cercle qu'est la sortie, tel que nous le fit croire Mal-griffe?" L'autre répondit: "Sauf que ce pont est brisé, mais vous pourrez monter par l'éboulement qui est en pente et s'élève en partant du fond." Et il ajouta avec discrétion: "J'ai entendu, jadis, dire que le diable, en plus d'être un aveugle Serviteur de l'État, a beaucoup d'autres vices et parmi eux, j'ai entendu qu'il est menteur et prévaricateur et que c'est en cela qu'il sert très bien l'État." Mon guide, à ces mots, s'en alla à pas pressés, les traits troublés par la colère; et je quittai alors ces damnés lourdement handicapés, en suivant les traces de ses pieds bien-aimés.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
(1)Interprétation d'une prière à la Vierge-Marie.
Theme musical: troisième mouvement de Barber, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.
le 2007-07-31 17:22:45 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer