1a-la divine tragédie (histoire Québec) - Enfer

marcopolo : l'Enfer

 

La Divine Tragédie 
L'Enfer ou la Comédie Humaine.

L'Enfer


Chronique licensieuse à lire sous ls surveillance de ton ange-gardien.


Chant I
Chant II
Chant III
Chant IV
Chant V
Chant VI
Chant VII
Chant VIII
Chant IX
Chant X
Chant XI
Chant XII
Chant XIII
Chant XIV
Chant XV
Chant XVI
Chant XVII
Chant XVIII
Chant XIX
Chant XX
Chant XXI
Chant XXII
Chant XXIII
Chant XXIV
Chant XXV
Chant XXVI
Chant XXVII
Chant XXVIII
Chant XXIX
Chant XXX
Chant XXXI
Chant XXXII
Chant XXXIII
Chant XXXIV

Proloque général de la Comédie Humaine. (La rencontre avec Baudelaire.)
Les poètes, ces initiés qui peuplent l'Enfer. (Ô Muses, aidez-moi à pénétrer l'Enfer.)
L'Achéron ou le vestibule des lâches. (Ceux qui ont abandonné le bien de la Conscience.)
Les habitants innocents des Limbes. (Ce sont des foetus et ils n'ont pas eu le temps de pécher.)
Le repère de Minos, le buncer de l'Enfer. (Le cercle de Caïn est là, qui nous attend.)
Les syndiqués et le monstre Mumphré. (Là où Pluton enleva Proserpine et la déflora.)
L'Enfer des nouveaux clercs.(Pluton le Dieu des Enfers.)
Phlégias et la cité qui a nom Dité. (Qui donc m'interdit l'accès des dolentes demeures?)
La belle messagère du Ciel et les trois Furies. (Le temps de Méduse.)
Le cimetière des fanatiques. (La vallée de Josaphat.)
L'ordonnance morale de l'Enfer. (Le centre de l'univers, ce sur quoi est fondé Dité.)
L'Enfer des tyrans. (Le royaume des Centaures.)
Le gibet de Jean-Baptiste, le dilapideur. (V'la les yankees, v'la les yankees.)
La dame crucifiée du mont Royal. (L'eugéniste, le grand vieillard de Bergeronnes.
La parade de la Saint-Jean Baptiste. (Borduas et le Refus Global.)
Les lamentations des Princes de la Cité. (Les orphelins de Duplessis.)
Géryon, la forme monstrueuse de la Bureaucratie.
Ave Diana, Gratia Plena, Dominus Tecum. (C'est ainsi que Méduse se venge.)
Les adorateurs du Veau d'Or. (L'Ange de l'Apocalypse.)
La métamorphose d'Hermaphrodite. (Elles ont tué en elles ce que j'aimais de la femme.)
Les tribulations du Ministre des Finances. (Les Chrétiens qui vénéraient Sainte-Suède, Saint-Fidel et Saint-Staline.)
Loteria, la putain de luxe. (Le bien mal acquis de la Dépendance Sociale.)
L'enfer des sangsues. (Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la Providence que l'Etat.)
L'Enfer des hommes de robes. (C'est ainsi que fait le serpent qui se mord la queue.)
Le règne des Amazones. (Prends mâle, ce nouveau règne t'est destiné.)
La citadelle des lèche-culs. (Alarme-toi ma ville, parcequ'on te coupe les ailes.)
Les semeurs de discorde. (A mari usque ad mare.)
Le Législateur décapité. (Ainsi s'observe en moi la Loi du Talion.)
Esprit athée qui, sur terre, a incendié la Vierge. (Ainsi parla Baudelaire.)
Les comptoirs alimentaires de la social-démocratie. (Ainsi parlait Zarathoustra.)
Les géants enfouis de Manhattan. (Whom who speaks is Uncle Sam.)
Le diabolique concert rock. (L'hystérie collective dans la grande plaine de Woodstock.)
L'holocauste de Jeanne la Pucelle. (La Comédie Humaine.)
Le triomphe de Belzébuth. (L'écroulement du Projet de Société.)




RETOUR À LA PORTE D'ENTRÉE DE LA COMÉDIE HUMAINE


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le 2007-08-10 09:03:16 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer



marcopolo : Chant XXVII de l'Enfer

Chant XXVII de l'Enfer
Les semeurs de discorde. A mari usque ad mare.

Les semeurs de discorde.
A mari usque ad mare.


Già era dritta in sù la fiamma e queta per non dir più, e già da noi sen gia con la licenza del dolce poeta, quand'un'altra, che dietro a lei venia, ne fece volger li occhi a la sua cima per un confuso suon che fuor n'uscia. Come 'l bue cicilian che mugghiò prima col pianto di colui, e ciò fu dritto, che l'avea temperato con sua lima, mugghiava con la voce de l'afflitto, sì che, con tutto che fosse di rame, pur el pareva dal dolor trafitto;


RETOUR À LA PORTE DE L'ENFER


Alors, je vis d'autres flammes qui tournaient tout autour de nous, et je dirigeai mes regards vers l'une d'elles qui s'écartait et qui semblait vouloir nous parler; mais, à cause du son confus qui en sortait, ses paroles plaintives paraissaient user du langage des flammes. Et nous comprîmes alors ce qu'elle voulait dire: "Ô toi, à qui ma voix s'adresse, et qui à l'instant parlait à une autre, en usant de ma langue et qui lui disait: "A présent vas-t'en, je ne veux plus te parler." Bien que je sois peut-être arrivé un peu tard, je t'en prie de t'arrêter et de me parler, cela me plairait et je brûle de t'entendre! Si tu es tombé récemment dans ce monde de ténèbres, venant de cette rude terre nordique d'où j'ai apporté toute ma faute, dis-moi si mes concitoyens sont en paix ou en guerre, car je fus de la plaine qui longe le grand fleuve et j'ai cru, comme plusieurs, les guider jusqu'à la liberté, alors que c'est la pauvreté et la servitude qui furent au rendez-vous." J'étais encore attentif et incliné vers le bas, quand mon guide me toucha de côté en me disant: "Parle, toi, celui-ci est du pays qui fut et d'où tu es né." Et je lui dis: "Ô, âme qui es cachée là-dessous! Ta Patrie n'est pas et ne fut jamais sans guerre dans le coeur de ses pasteurs, mais quand je l'ai laissée, elle était en paix parce qu'elle n'avait plus les moyens de ses guerres. Là où furent ma Patrie et la tienne, il ne reste que peau de chagrin car, les faux prophètes tels que toi qui la guidèrent, ont cru à tort qu'il suffisait pour faire fuir l'ennemi, de vociférer au lieu de l'armer. L'arme de la liberté des peuples, si tu ne le sais, commence par la liberté des individus: si on asservit le citoyen en le surtaxant, en le poliçant, en réglementant chacun de ses actes, en uniformisant son comportement, on lui insuffle le désir de combattre ou de fuir le pays, on détruit ainsi dans l'âme du citoyen, la raison d'être de la liberté." Il m'interrompit alors et me demanda: "Que reste-t-il du pays qui m'a vu naître, et qu'en est-il des terres fertiles que mon père labourait en aval du Richelieu et, qu'est devenue la grande Métropole où j'ai vécu, la Capitale où je fus dévoué Serviteur de l'État; que sont devenus ces lieux que j'ai chéris, avant qu'un citoyen en colère m'assaille et m'assassine, parce que je fus un Bureaucrate arrogant et peu empressé à lui verser son allocation de dépendance sociale alors que je ne faisais que suivre les directives de l'État?" Et je m'empressai de le satisfaire: "Il ne reste plus, hélas, du pays, qu'un mince filet de terres le long du grand fleuve. Là sont parqués, dans des réserves, ceux qui restent, et ils tentent de refaire, en sens inverse, le chemin pénible des colons de la Nouvelle-France. Mais sache qu'ils sont plus dociles et plus faciles à gérer de sorte que leurs pasteurs dans la capitale peuvent maintenant dormir en paix. Les terres arides du Grand Nord sont gouvernées par les gens du Grand Froid, ceux qui étaient là avant tes ancêtres et qui se satisfont d'être les esclaves d'un autre maître. Tes fils et tes filles sont bannis des terres brûlées du grand Labrador et de ses eaux qui coulent à nouveau librement sur ses grandes rivières: la Moisie, la Romaine, la Natasshquan, la Mécatina. Toutes les frontières du pays de Gog appartiennent désormais à ceux qui ne cessèrent d'être loyaux à leur Reine. Et les terres qui longent l'Outaouais restent toujours aussi vierges qu'elles l'étaient, toi qui n'as pas daigné les conquérir du temps où elles t'appartenaient; mais cela est bien ainsi, car ne mérite-t-on du territoire que ce qu'on y habite et fait fructifier! Et la grande et belle presqu'île, celle où Jacques Cartier plantât sa croix, appartient désormais aux Malécites et aux Micmacs ainsi que toutes les eaux qui la bordent." J'allais me taire mais il insistait et il voulait en savoir toujours plus: "Et qu'en est-il de la grande cité où j'ai dévoyé ma jeunesse et qui s'étend là où le fleuve se sépare et perd sa souveraineté?" "Elle n'a pas changé sinon que le mur invisible qui la divisait en deux est devenu une frontière physique qu'il est interdit à quiconque de franchir. C'est un mur construit d'immenses blocs de béton qui furent importés de Berlin: un mur étanche, opaque et infranchissable qui divise la ville du Nord jusques au grand fleuve, les Rhodésiens des nègres blancs, elle serpente ainsi entre les deux solitudes de l'âme. Chacun peut à son aise, de part et d'autre de cette frontière infranchissable, exprimer ses rancoeurs et ses haines, en peignant sur ses flancs, des graffitis aux couleurs et aux formes indéchiffrables, de sorte qu'elle demeure la seule expression qui survit des arts antiques. Il n'y a rien là qui soit différent du passé sinon que, ce qui était divisé dans l'esprit, l'est maintenant dans le corps autant que l'esprit." "Mais dis-moi aussi, qu'est devenue ma Capitale enfermée dans ses murailles grises et que j'aimais tant?" Pour combler son attente, je lui répondis ainsi: "Elle est comme avant sauf qu'elle n'a plus autant de voix qu'avant. Autrefois, je l'aimais non par ses chants mais pour ce qu'elle était aussi belle qu'une jeune fille au printemps à qui vous dites en l'aimant: "Sois belle et tais-toi!" Elle n'a plus l'arrogance qu'elle avait. Car elle n'a plus de ressources à gérer sinon la sueur de ceux qu'elle a pu récupérer du peuple ancien; mais elle a conservé son ministre des Finances qui lui, semble encore bien-portant et d'une vivacité qui paraît à tous, éternelle. Et ce sont toujours les fonctionnaires qui ont le Pouvoir et ils sont légions, comme avant, à soumettre le peuple aux diktats de l'État. Sur ses murailles et dans les douves de sa Citadelle, et parfois même, sur ses plaines dont on a changé le nom d'Abraham pour celui de Wolfe, l'on voit les costumes rouges des sentinelles, qui veillent à ce que les rois d'opérette ne troublent plus la tranquille homogénéité de la grande démoncratie, qui étend sa turpitude a mari usque ad mare." Quand j'eus ainsi fini de parler, la flamme s'éloigna en gémissant, en se frappant la poitrine, en se confessant d'avoir été dupe des beaux discours, et d'avoir été au service des semeurs de discorde, tordant et agitant sa queue pointue. Nous passâmes outre, mon guide et moi, sur le pont, jusqu'au sommet de l'autre arche, qui recouvre le fossé où payent leur dette, ceux qui, en semant la discorde et en trompant les gens par des discours ambigus, chargent leur conscience jusqu'à ce qu'elle éclate comme un pet.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: indian head de Arthur Donato Sulit, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


CHANT XXVIII DE L'ENFER


le 2007-08-03 08:53:13 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer



marcopolo : Chant XXIII de l'Enfer

Chant XXIII de l'Enfer
 L'Enfer des sangsues. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la Providence que l'Etat.

L'Enfer des sangsues.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la Providence que l'Etat.


Taciti, soli, sanza compagnia n'andavam l'un dinanzi e l'altro dopo, come frati minor vanno per via. Vòlt'era in su la favola d'Isopo lo mio pensier per la presente rissa, dov'el parlò de la rana e del topo; ché più non si pareggia 'mo' e 'issa' che l'un con l'altro fa, se ben s'accoppia principio e fine con la mente fissa. E come l'un pensier de l'altro scoppia, così nacque di quello un altro poi, che la prima paura mi fé doppia.


RETOUR À LA PORTE DE L'ENFER


Silencieux, seuls et sans escorte, nous allions, l'un devant, l'autre derrière, comme les Frères Mineurs s'en vont par les chemins. Je me disais: "Ces diables ont été bernés par nous de sorte que je suis sûr qu'ils en sont irrités. Et qu'ils courront après nous, plus cruels que ne l'est le chien au lièvre, qu'il saisit des dents." Je sentais déjà mes poils se hérisser de peur. Je restais attentif en arrière et je dis alors à mon maître: "Si tu ne nous caches promptement, toi et moi, Maître, j'ai bien peur des Mal-griffe; nous les avons déjà sur nos pas, je les imagine si près que je les entends déjà." Il me répondit: "Tes pensées coïncidaient à l'instant même avec les miennes, que des unes et des autres, je n'avais en tête que le seul désir de fuir. Si la pente de la digue de droite est telle que nous puissions descendre dans la fosse suivante, nous éviterons la chasse que tu imagines avec tant d'angoisse." À ce moment, je les vis arriver les ailes déployées, pas bien loin, pour essayer de nous saisir. Mon guide aussitôt me prit dans ses bras, comme une mère le fait de son fils, et il se laissa glisser sur le dos par les rochers en pente, qui ferment l'un des côtés de l'autre fosse. Dès que ses pieds eurent touché le lit de ce bas-fond, qu'ils furent au-dessus de nous sur la crête; mais il n'y avait plus rien à craindre, car la sublime Providence, qui voulut en faire les fonctionnaires de la cinquième fosse, leur ôte à tous le pouvoir d'en sortir. Là, nous trouvâmes en bas, des gens plaintifs qui faisaient le tour au pas ralenti, pleurant, l'air abattu, inconscients et dépouillés de leur libre arbitre. Ils portaient des bandeaux devant les yeux. Ils marchaient, l'un sur une béquille, l'autre ligoté, les uns dans des carcans, les autres armés de prothèses; ces jougs étaient de plomb de sorte qu'en plus de limiter leurs gestes, ils ralentissaient leurs mouvements. Ô, quel manteau accablant pour l'éternité! Nous tournâmes nous aussi vers la gauche, avec eux, attentifs à leurs douloureuses plaintes; mais sous leurs charges, ces gens épuisés, les faisaient marcher si lentement, qu'à chaque pas, nous avions de nouveaux compagnons. Je dis alors à mon guide: "Tâche d'en trouver un qui saura nous dire ce qu'il est, et ce pourquoi il est ainsi lié pour l'éternité." Et l'un des damnés, qui reconnut mon accent du pays, cria de ralentir nos pas et, il me dit: "Toi, qui au mouvement de ta bouche, me paraît vivant, si tu es mort, par quel privilège marches-tu sans porter de béquilles?" Et il ajouta sans attendre ma réponse: "D'où que tu sois, qui es venu à l'enfer des sangsues, ne dédaignes pas de nous dire qui tu es, mais sache que sur terre, nous avons troqué notre liberté contre la dépendance de notre Mère l'État, qui s'est prise pour la Providence, et que celle-ci nous a soutenu jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de la providence que l'État. Nous sommes ici, démunis et oubliés de l'autre Providence, la vraie, et la seule qui règne dans les cieux." À mes yeux m'apparut soudain un damné, par trois pieux, il était crucifié au sol. Quand il me vit, il tordit tous ses membres, soufflant dans sa barbe noire en soupirant; il me dit: "Celui que tu regardes ainsi est l'Ayatollah Khomeiny qui suggéra aux peuples d'Islam qu'il fallait livrer Salman Rushdi au supplice. Je suis comme tu le vois, accompagné de ceux qui formèrent avec moi, conseil pour rendre la Fatta. Nous sommes placés nus ainsi en travers du chemin, et le peuple, qui nous a tant écoutés, nous écoute encore, et nous fait sentir tout son poids sur nos corps." Et je vis très bien, comme si c'était un rêve, un homme attaché à un pilori au pied de la colonne Nelson, que des bourreaux s'apprêtaient à exécuter; et la foule hystérique formée d'ayatollahs, de talibans, d'évangélistes américains et d'autres esprits tordus de ma race que je reconnus, ils criaient, faisaient la vague et se muaient en un seul bourreau, comme si ce n'était qu'une masse informe, excitée par des vedettes, des professionnels de la publicité et une musique sortie d'un orgue aux sons tonitruants; elle attendait, du sang versé d'un intellectuel ou d'un artiste, l'expiation de ses propres fautes, et qui la verrait pardonnée jusqu'à la prochaine peur collective. Puis je vis douze citoyens dignes et élégants, tels des prêtres, lire un message à l'intention du supplicié dont je n'ai pu entendre de quoi il s'agissait, puis la foule s'excita et scanda d'une seule voix: "A mort, celui qui pense!" Je me suis réveillé au moment où la hache allait s'abattre sur mon cou, et précipiter mon crâne jusqu'en bas de la Place Jacques-Cartier, d'où elle allait rouler et s'immerger dans les eaux visqueuses du Vieux Port. "Je veux te chanter, Jeanne, ô ma Reine, viens à mon aide et protège-moi. Fais-moi passer victorieusement à travers ces supplices, les calomnies insidieuses et les mensonges de langues méchantes. Délivre-moi des fauves rugissants prêts à me dévorer, de la main des bourreaux qui s'acharnent contre mon corps, de toutes les tortures qu'ils multiplient contre moi. Fais que je ne ressente point les brûlures des flammes qui m'environnent, et retire-moi de cet enfer où m'ont plongé les médisances grossières, les dénonciations aux autorités, les diffamations calomnieuses. Jusqu'au dernier soupir, mon âme a loué ton Nom, et je t'en prie, tire du danger celui qui t'aime, et délivre-le de la main de ces païens, Jeanne ma Reine."(1) Mon maître s'émut de mon trouble un instant, puis il demanda à l'un des suppliciés: "Dis-moi, frère, si c'est par le pont qui part du grand cercle qu'est la sortie, tel que nous le fit croire Mal-griffe?" L'autre répondit: "Sauf que ce pont est brisé, mais vous pourrez monter par l'éboulement qui est en pente et s'élève en partant du fond." Et il ajouta avec discrétion: "J'ai entendu, jadis, dire que le diable, en plus d'être un aveugle Serviteur de l'État, a beaucoup d'autres vices et parmi eux, j'ai entendu qu'il est menteur et prévaricateur et que c'est en cela qu'il sert très bien l'État." Mon guide, à ces mots, s'en alla à pas pressés, les traits troublés par la colère; et je quittai alors ces damnés lourdement handicapés, en suivant les traces de ses pieds bien-aimés.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
(1)Interprétation d'une prière à la Vierge-Marie.
Theme musical: troisième mouvement de Barber, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


CHANT XXIV DE L'ENFER


le 2007-07-31 17:22:45 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer



marcopolo : Chant XXII de l'Enfer

Chant XXII de l'Enfer
Loteria la putain de luxe. Le bien mal acquis de la Dépendance Sociale.

Loteria la putain de luxe.
Le bien mal acquis de la Dépendance Sociale.


Io vidi già cavalier muover campo, e cominciare stormo e far lor mostra, e talvolta partir per loro scampo; corridor vidi per la terra vostra, o Aretini, e vidi gir gualdane, fedir torneamenti e correr giostra; quando con trombe, e quando con campane, con tamburi e con cenni di castella, e con cose nostrali e con istrane; né già con sì diversa cennamella cavalier vidi muover né pedoni, né nave a segno di terra o di stella.


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Ah! l'affreuse compagnie de ces dix démons et de leur chef Méphistos avec lequel nous marchions! Toute mon attention se portait à la poix, pour voir ce que contenait le fossé et les gens qui y étaient brûlés. Je vis alors, et mon coeur m'en frémit encore, l'un d'eux qui s'attardait, tout comme il arrive qu'une grenouille s'immobilise alors que l'autre plonge, et j'obtins de mon maître qu'il lui cause. Mon guide s'approcha donc de lui et lui demanda d'où il était; et l'autre répondit: "Je suis né dans la grande et prude cité qui borde le long fleuve qui s'élargit jusqu'à la mer. J'ai vécu à accumuler et à dilapider le bien mal acquis de la Dépendance sociale, ou du Chômage, ou du Travail au noir, en achetant du plaisir pour satisfaire mes instincts du jeu auprès de Loteria, l'envoûtante putain qui montrait ses charmes à qui voulait en payer le prix, dans ce palais de verre et de lumière, qui trônait au centre du grand fleuve, et qui est transformé depuis en porcherie." Et, dans ma tête, je pouvais revoir l'image de ce lieu pour l'avoir déjà visité. Loteria trônait, envoûtante dans toute sa nudité, au centre d'une scène immense remplie d'objets scintillants: des bulles lumineuses qui tournoyaient, et dans lesquelles elle reflétait en mille facettes, ses chairs bronzées et appétissantes, au son d'une musique sensuelle et envoûtante. Elle offrait ainsi ses charmes lascifs, gesticulant et tournant de l'oeil et susurrant des lèvres, gonflant ses seins, écartant ses jambes et dévoilant largement son vagin orné de pétales sanguins, qu'elle écartait de ses doigts aux ongles longs et affûtés, l'offrant à la vue jusqu'au plus profond de sa vulve juteuse, de sorte que quiconque en payait le prix, pouvait orgasmer et en perdre conscience. Puis, elle ouvrait la bouche aussi grande qu'il le fallait, pour recevoir les pièces d'or qui la gavait et qui la poussait à performer ainsi, de sorte qu'on se bousculait sous elle à savoir qui serait l'heureux élu à remplir sa bouche avide de pièces d'or et d'argent; si l'on avait de la chance, on allait recueillir sous sa vulve largement ouverte, l'offrande de son corps, sous la forme de pièces d'argent furtivement fécondées et que l'on retournait aussitôt dans sa bouche, avec la soif avide du joueur impénitent. Elle était ainsi conçue, Loteria, telle un robot vorace fabriqué de modules de substances en photosynthèses, truffée de minuscules puces électroniques programmées telles, qu'elle simulait efficacement les gestes sexuels d'une Putain de luxe, recueillant autant qu'il le fallait, et redistribuant si peu des produits de ses charmes, pour satisfaire l'appétit débordant du grand Proxénète, qui gère les Finances de l'État, là-bas, plus bas, là où le grand fleuve s'élargit, dans la cité arrogante qui entretient la grande Noirceur. Lorsque la nuit avait largement vaincu le jour, fatiguée, repue, et le ventre gonflé comme celui d'une femme enceinte, Loteria fermait boutique pour quelques heures, le temps qu'il fallait pour qu'un docteur de juive ascendance, procède, à l'aide d'un outil en forme de pincette à l'avortement de la belle engrossée. Il retirait de son ventre, les précieuses piécettes d'or, retenait un petit pourcentage des recettes et remettait au Pimp venu de la Capitale, le principal du produit de cette Prostitution légale. Je m'étais laissé distancer des dix démons qui formaient notre affreuse compagnie. Et je vis sortir de la poisse, une femme immense qui trônait, dégoûtante, dans toute sa nudité métallique. Trônant fièrement au centre du bourbier, elle était entourée d'êtres difformes qui gémissaient de douleur et d'anxiété comme s'ils attendaient, depuis l'éternité, quelque chose qui ne se produisait jamais. Elle offrait ainsi, ses charmes dégradés par la rouille, au son d'une musique tonitruante et atonale. Elle gesticulait et tournait de l'oeil et dégageait ses lèvres sur sa bouche grande ouverte, d'où sortaient les jambes agitées d'un homme. Elle gonflait et dégonflait ses seins métallisés qui semblaient se mouler ainsi, sous la pression, comme quelqu'un qui tentait de briser la coquille, en poussant avec toute la force de ses bras, et les tôles devenaient ainsi si minces, qu'on aurait dit qu'elles allaient éclater. Elle écartait les jambes et elle dévoilait largement le canal de son utérus, d'où sortait la tête d'un homme au visage torturé, qu'elle égratignait de ses doigts aux ongles longs et affûtés, l'offrant à la vue de tous, le sortant et l'entrant de son vagin dégoulinant d'huile à moteur, de sorte qu'elle excitait ainsi la foule qui s'animait d'une hystérie collective, devant une telle germination que j'en eus peur et que je m'écartai avec hâte. Mon maître, qui m'aperçut alors, et qui vint tendrement pour me consoler du choc de cette vision aberrante, ne me consola guère en me dévoilant le nom du Ministre qui trônait ainsi, pour l'éternité, dans le ventre de Loteria. Et le grand Baudelaire, qui semblait vivre une phase moralisatrice, me dit: "Ainsi tu peux voir, mon fils, quelle brève illusion que de baiser avec Loteria, et de finir cocufié par le Malin."



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: collection Nguyen (hovrak), emprunté aux Archives du Web.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


CHANT XXIII DE L'ENFER



le 2007-07-30 17:55:56 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer



marcopolo : Chant XVII de l'Enfer

Chant XVII de l'Enfer
Géryon, la forme monstrueuse de la Bureaucratie ou la Comédie Humaine.

Géryon,
la forme monstrueuse de la Bureaucratie


«Ecco la fiera con la coda aguzza, che passa i monti, e rompe i muri e l'armi! Ecco colei che tutto 'l mondo appuzza!». Sì cominciò lo mio duca a parlarmi; e accennolle che venisse a proda vicino al fin d'i passeggiati marmi. E quella sozza imagine di froda sen venne, e arrivò la testa e 'l busto, ma 'n su la riva non trasse la coda. La faccia sua era faccia d'uom giusto, tanto benigna avea di fuor la pelle, e d'un serpente tutto l'altro fusto;


RETOUR À LA PORTE DE L'ENFER


Parvenu jusqu'ici de cette Tragédie Humaine, je ne saurais me taire plus longtemps, cher lecteur; et je te jure que je vis, par cet air épais et sombre, monter en nageant, une forme effroyable pour l'âme la plus intrépide, à la manière de celui qui revient, après avoir plongé parfois pour dégager une ancre accrochée au fond de la mer, et qui tend ses tentacules en haut et ramène à soi tout ce qu'il trouve au-dessus: C'est la Bureaucratie sous la forme de Géryon, monstre effroyable qui te connaît tellement, qu'il t'enveloppe et t'enserre et finit par t'avaler et s'emparer de ton âme, pour être, et pour agir tel et devenir toi-même. "Voici Geryon à la queue aiguisée, qui s'empare des âmes toutes nues, qui brise les désirs et les rêves, voici celle qui empoisonne le monde entier!" Ainsi mon guide commença à me parler; et il fit signe à la bête de venir aborder près des rochers où nous marchions. Et cette hideuse image de la Bureaucratie, toujours prête à feindre la compassion, s'approcha soulevant sa tête et son buste. Sa face était celle d'un homme juste, le buste, celui d'une femme généreuse et tout le reste du corps, celui d'un serpent. Ses chairs étaient tatouées de fines arabesques qui lançaient des messages contradictoires. La bête détestable se tenait tel le tigre sournois qui s'accroupit pour mieux chasser le gibier. Toute sa queue se démenait dans le vide, tordant vers le haut la fourche venimeuse qui en armait la pointe, à la manière des scorpions, prête à piquer quiconque s'approche et lui fait confiance. Mon guide me dit encore: "Il faut maintenant, que notre chemin fasse un détour pour aller jusqu'à cette bête vicieuse qui se vautre là." Quand nous fûmes arrivés jusqu'à elle, je vis, tout autour et à peu de distance, des gens assis près de l'abîme et qui semblaient quémander la bête tout en ayant l'air de la craindre. Par leurs yeux, leur douleur éclatait au dehors; de-ça, de-là, ils se protégeaient de leurs mains tantôt des sautes d'humeur de la bête, tantôt de son aspect inquiétant; ils étaient comme des chiens harcelés par les puces ou les mouches. L'un d'eux qui était à l'écart, faisant en sorte de n'être vu ni des autres ni de la bête, me dit: "Que fais-tu dans cette fosse? Va-t'en tout de suite; et puisque tu es encore vivant, ne tombe pas sous l'emprise de la bête car tu auras besoin d'elle pour manger, pour vivre, pour survivre, pour rêver; alors si tu le peux encore, évite d'être à la merci de Géryon et fuis très loin d'elle si tu ne peux la tuer, car elle connaît la technique d'être au service d'elle-même tout en ayant l'air d'être à ton service, et qui fait que c'est, avant tout, elle qui doit profiter de l'État, manger, vivre, survivre et rêver." Je trouvai mon guide, déjà monté sur la croupe du farouche animal, et qui me dit: "Maintenant sois courageux et hardi. Monte devant et évite sa queue qui a le pouvoir de te piquer n'importe quand et n'importe où." Et dès que je fus monté, il me protégea du mieux qu'il le put et il cria à la bête: "Géryon, pars maintenant, n'imite point Icare; évite les entourloupettes et les passages secrets et va droit devant où nous voulons aller; nous ne sommes pas de ces citoyens démunis devant ta suffisance et ta non-imputabilité; nous ne sommes pas des faiblards délégués par l'État, mais, des envoyés de la Providence, et il t'en coûtera si tu inventes des stratagèmes pour nous rendre tortueux et inaccessible le Service Public que tu te dois de nous rendre." Je ne pense pas que fut ressentie une frayeur plus grande que la mienne, quand je vis que l'air m'entourait de toutes parts, et que je ne vis plus rien hormis la bête. J'avais peur de tomber, car je voyais des feux, et j'entendais des plaintes; ainsi tremblant, je me ramassai sur moi-même. Aussi, Géryon nous déposa au fond, juste au pied de la roche à pic et, dès qu'il fut déchargé de nos personnes, il disparut en maugréant et en se préparant mentalement à présenter un grief auprès de ses pairs, à défaut de faire une grève du zèle légale, illégale ou sempiternelle.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: musique alternative (mk2), empruntée aux Archives du Web.
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CHANT XVIII DE L'ENFER



le 2007-07-27 00:04:53 | Permalien | Ajouter un commentaire | Enfer



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